A fond
Vrarrraaaaaouuuuuuuuummmm
Il est juste parfait, énorme, décidé, incroyable, une oeuvre à lui tout seul, une détermination, un acharnement, un logo, une rage, une image parfaite, fumante, à 100 à l’heure.

Inde. Kerala 2011.
Vrarrraaaaaouuuuuuuuummmm
Il est juste parfait, énorme, décidé, incroyable, une oeuvre à lui tout seul, une détermination, un acharnement, un logo, une rage, une image parfaite, fumante, à 100 à l’heure.

Inde. Kerala 2011.
Je décide de révéler l’inachevé, incompris dans notre relation au réel en tant qu’attitude éveillée, dans cette série d’opposition qui est constitutive de notre regard collectif. En tant qu’artiste j’ai le devoir ici, d’intensifier le « regarder ». Ce qui est ici paradoxal, car à la naissance de l’acte, qui est déjà joué, il y a la naissance de la forme. Cette transfiguration existe en soi, mais est ici fondamentalement fixée.

Bon allez, pas de commissaires, ni de curateurs dans le coin : le Toons parle mais ne pose pas, ne frétille pas bas, ne se perruque pas. Le Toons bondit, fulmine, caresse, rigole, éclate, luit, décore, illumine, amuse.
L’an 2000.
A l’école des Beaux-Arts, la bien-nommée, Paris, les défilés Haute-Couture.
Coulisses plus que backstage, théâtre bien plus que show, chez Christian Lacroix flotte toujours cette étrange et entêtante atmosphère de cour royale décalée et radieuse. On a le sentiment qu’il ne cherche jamais à plaire aux pages des magazines mais bien de s’inviter dans nos songes. Les filles qui vont défiler en deviennent timides et ondoyantes, étonnées, au premier bal, en se découvrant ainsi.

On se sent toujours intimidé à s’immiscer dans ces rituels éphémères, un peu déplacé, mais finalement précieux, car quelques instants après, tout sera effacé, coiffures, maquillages, excitations, transe, rêveries, attente, passion, ravissement…. reste les images.

Chez Jean-Paul Gaultier, comme d’habitude, tout est fin et cultivé, aigu et lettré, vif.
C’est un érudit, un chasseur de signes, un chansonnier du vêtement, de la dégaine.
Défilés Haute couture, l’an 2000. Pour Libération.

Beyoglu, Marmara, Karakoy, Galata, Bosphore, Topkapi, Kurtulus, Kasimpasa, Sainte-Sophie, la Corne d’Or, la Pointe du Sérail, Kulaksiz, Beyazit, Eyüp, Galatasaray, Sultanahmet, Dolmabahçe, la Mosquée Bleue, Süleyman le Magnifique, les îles des Princes, la Porte du Milieu, le Grand Bazar, la Quatrième cour, la Source Froide, Eminönü, la Sublime Porte, Constantinople, Byzance;
Skyline de mots, de mers, de minarets.
Istanbul.
Avril 2013.


Image frontale, voiture, nuit, phares éblouissants, une scène de film, de Godard, de face, de polar, mais de la couleur, mais des saris, des regards, peau, qui est intimidé ?
Dans une ferme du Tamil Nadul, août 2012.
A la recherche des senteurs. Avec Thierry Wasser, pour Guerlain.

Belle, sein, machine, mécanisme, belle, retrouvée, Marseille 1990, Genève 1996, Paris 2011.

Christine et Éric.
Ils ne sont pas amants mais ils dansent ensemble.
Chacun d’eux sait combien sa confiance en l’autre, en ses gestes, les réceptions comme des embrassades, les sauts, les courses, est sœur de l’abandon amoureuse. Ils l’ont si souvent ressenti.
Lorsque je retrouve cette photo, je revis cette émotion si pleine qui parcoure toutes les coulisses d’un théâtre, au noir, alors que la salle est déjà pleine de l’attente du public, qu’on est comme dans l’ombre si excitante d’une cabane d’enfant, ravi d’être si bien caché, je sais que je ne suis pas un danseur, je suis un invité, un ami qui se glisse tout près, que je ressens ma chance d’être dans cette intimité si fragile et si dense, je ressens moi aussi le trac et l’excitation. Eux, se préparent à se laisser aller ce soir encore à la confiance absolue. A la voir, on comprend qu’elle s’en amuse, elle le défie tendrement, elle sait comme il est doux. Lui est si calme, il aime rassurer. Moi je sais que déjà ils s’abandonnent, je vois la lumière en face qui les transpercent, c’est déjà le spectacle.
Pendant ce temps on entend le public s’installer, comme un orchestre qui s’accorde, un animal qui frissonne.
C’était en 1996, alors lors de la tournée du spectacle Decodex de la compagnie DCA, au théâtre de Chambery. Avec Christine Bombal et Éric Martin.

Une princesse, sur les épaules de son grand-père, tout au fond, tout au bout, d’une vallée du Tamil-Nadul, un brin de vétiver odorant dans la main.
Elle est sortie tout droit des pages d’un livre d’images, histoire d’une petite princesse adorée de sa famille, tout au fond du royaume, plutôt oublié de tous, où l’on habille encore royalement les petites filles dans les champs de vétiver.
India. Tamil-Nadul. 2012. Avec Tierry Wasser pour Guerlain.