Denis Chapoullié

Rue Denis Chapoullié by the way

Category: People of South Africa

Sur la route de Nelson, bien sûr…

De la nuit.

La Belle au Billard

Cape Town 1998.

Il y a des prêtresses tireuses de cartes, gardiennes de shebeen.

Shebeen

1998. Cape Town, côté township. Khayelitsha.

Il y a des pères fiers, qui veulent la meilleure espérance pour leur double progéniture bien arrivée, et qui boivent un coup à leur bonne fortune au soleil couchant du Cap de Bonne Espérance. Il y a pire augure.

<Pere Fier de Bonne Esperance

1998.Cap de Bonne Espérance.

 

 

Sur la route de Nelson, encore…

8 ans après la chute de l’apartheid, 5 ans après l’élection de Mandela, les écoles deviennent mixtes…. alors les sorties scolaires également.

Et les petites écolières1999. Dans le jardin botanique de Cape Town.

On parle souvent, et à raison, de cette surhumaine capacité au pardon dont Mandela a su faire preuve, et ainsi montrer la route pour éviter le bain de sang.
Pour ma part, il me semble qu’à chaque fois qu’on évoque cette qualité du grand homme, on oublie trop qu’il s’est nourri et appuyé sur des racines profondes de l’âme de son peuple, qui je l’ai ressenti dans des biens des occasions, peuple capable de pardon et d’une grande tendresse, et ce malgré la dureté et la grande violence de la vie là-bas pour le plus grand nombre.
Little Karoo.

A la campagne

1998. Barrydale.

De la tendresse, il y a.
Cape Town, côté township Cape Flats.

I love him

1998. Cape Flats YMCA.

Sur la route de Nelson, toujours…

Sur le gazon d’une avenue du quartier emmuré de Sandton, Johannesburg.

Johannesburg Sandton

2000. Sandton.

Autant en emporte le temps… ou n’emporte que si peu de choses…

Autant en emporte le temps_

Port St Johns. 1999.

Sur le tracteur de la Démocratie, du côté de Queenstown, Eastern Cape.

I love him

 South Africa 1998

Du cote de chez Madiba, ou sur la route de Nelson

Un petit berger, au détour d’un virage, sur les hauteurs du Transkeï, dorénavant Eastern Cape, pas si loin de Qunu, le village où Nelson Mandela a passé sa petite enfance et ou il reposera.

On était seul l’un comme l’autre, lui dans la forêt avec son chien et son troupeau, moi plutôt perdu sur cette piste très boueuse, pour basculer vers le Natal. On est reparti avec chacun notre photo.

Le petit berger

Le petit berger.  1999. Transkeï.

Une autre rencontre, de celle qui intimide, sur une petite route, un peu perdu à nouveau mais cette fois à la recherche de l’Océan Indien, que j’espère en quittant les montagnes de l’Eastern Cape. Au passage d’un gué, je croise une écolière rentrant de l’école en flânant et son regard perçant, s’il en est.

Quand je rentrais de l’école, ce n’était pas mes pieds nus que je laissais traîner dans l’eau, mais mes petites voitures que je faisais courir sur les murs.
De l’école, de la solitude et de la nature. De l’immortalité de la rencontre photographique.
Nous sommes repartis chacun avec notre photo.

La fille du gué

 La fille du gué. 1999. Cap-Oriental, à l’approche de Ports Saint-John

 Un autre genre de lutteur.

Nkangala liquor

1999. Nkangala liquor, Kwazulu Natal

 

Du coté de chez Madiba, ou un village Sud-Africain

J’ai eu mes années Afrique du Sud, la Nation de Nelson,  People of South Africa, pour moi ce furent les années du tournant du siècle. De 1997 à 2000, 1997 ou invité à présenter une exposition à Cape Town, je me suis retrouvé en amour et en colère pour ce pays et ses peuples, et à y revenir à de nombreuses reprises, pour raconter en portraits partagés, Polaroïd disparus de nos jours, les visages de de la Nation Arc en Ciel.

Au cours d’un de mes séjours, d’étapes en étapes, lisant l’autobiographie de Nelson Mandela « Un long chemin vers la liberté », le récit de ses années de jeunesse me servait alors de fil rouge pour dessiner mes trajets, dans les collines du Transkeï.

1-Village du Transkei.

Alors sur ma route, une étape obligée : le village ou il a grandi au côté de sa mère.

D’autant plus que sur la carte, je vois que la route principale sur laquelle je me trouve, traverse Qunu. Mais je ne m’attendais pas à ce que le mot «traverser» soit à ce point littéralement adapté.
 De collines en collines, les petits villages de huttes rondes en torchis aux toits de chaumes ou de maisons rectangulaires sans étages, qu’on appelle ici des «boites d’allumettes» quand elles se regroupent, se succèdent sans vraies séparations ni contours.

Et tout à coup, au bord de la grande route, juste après un virage, sur la droite une maison bien plus grande que les autres, mais surtout récente, et isolée de son côté de la chaussée.

C’est ici.

Seule l’apparition soudaine, au détour d’une petite côte, de cette bâtisse différente fait comprendre qu’on est arrivé.

3-La boîte aux lettres.Qunu

6-Je regarde à Qunu

De l’autre côté de l’asphalte, le village en contrebas. Sans dessin particulier, des habitations éparpillées; ici pas de rues c’est la campagne, sans arbres, beaucoup de bâtiments inachevés, des enfants qui jouent en bandes, quelques adultes assis à l’ombre du petit bâtiment abritant les boîtes postales, en face de la grande maison, de l’autre côté de l’asphalte.

Bien sûr je questionne, bien sûr on me parle du grand homme, de sa maison qu’il a fait construire il y a peu, après sa libération.

On me dit qu’il n’est pas là en ce moment. Qu’il a aussi d’autres résidences, à Cape Town ou Pretoria.

4-Les enfants de Qunu

Les enfants m’accompagnent dans le village. Rien,ne le distingue de tous les autres. Rien, si ce n’est un petit cimetière familial, avec le patronyme Mandela, ou repose déjà 3 des enfants de Madiba, cimetière qui deviendra quelques années plus tard, l’enjeu d’un scandale familial. J’ai photographié ces stèles mal entretenues et tordues par le temps, mais sans doute par pudeur, n’ai jamais voulu les utiliser.

Et puis il y a cette grande maison. Séparée du village par la chaussée, mais si proche de cette route, ou déboulent les grands camions, rétrogradants, les moteurs hurlants, pour attaquer la petite côte.

Je reste là un bon moment. Et si j’avais été invité à rencontrer Madiba ! A traverser la route ! Rencontrer Madiba et faire son portrait à lui aussi ! J’ai ça dans un coin de la tête, et plus que ça bien sûr. Mais bon !
On parle et échange avec quelques habitants qui restent là eux aussi, juste de l’autre côté de la route, assis sur les glissières, à tuer le temps, attendre le bus, ou deviser avec l’étranger à l’étrange appareil photographique. Et voila qu’on me montre une femme qui sort de la grande maison, en face.
On me dit que c’est la soeur de Mandela, qu’elle s’occupe de la maison, de son petit frère !
Je vois traverser une dame, portant un baluchon sur la tête, à l’africaine.

On se présente. Oui, c’est bien la soeur de Madiba. Nous nous saluons.

Elle me laisse la portraiturer. Je lui offre le Polaroïd comme à mon habitude.
Et derrière nous les gros camions continuent de passer en faisant tout trembler.

Qunu, le village de Mandela

Qunu, le village de Mandela

C’était ma journée chez Nelson.

Sur que jamais je n’aurais imaginé pareille maison de Président, du côté de chez moi !
 Au bord de la route, juste de l’autre côté du village, sans murailles et sans l’ombre d’un garde du corps. Sans affectation aucune.

C’est chez lui.

L’Ecole Historique

Un jour de juin 1996, sur une piste orange du Bénin, la ferrite couleur de toutes les pistes africaines, la ligne orange chaotique sabrant le vert intense de la végétation, passant devant une école ou je vois les enfants sagement alignés dans la cour de récréation, je demande soudain à la voiture ou je me trouvais de s’arrêter.

Je me retrouve devant le professeur principal, dans son petit bureau poussiéreux, au milieu de la brousse, et je ne saurais expliquer ni l’audace ni le toupet qui me permette de m’arrêter ainsi, et parfait inconnu bardé de ses appareils, de demander à pouvoir photographier les classes.

Je préfère ne pas m’imaginer la réaction d’un proviseur français à cette même demande que lui ferait un photographe africain en vadrouille….

Quoi qu’il en soit, il accepte gentiment de me laisser rentrer dans les classes, et les instituteurs m’accueillent gentiment, et fièrement.

1--ecole historique ┬®Chapoullie╠ü

A cette période, j’utilisais fréquemment le Polaroid, maintenant disparu, comme image définitive.

Ce qui me permettait de laisser la photo en remerciement. Et aussi de photographier avec un appareil modeste.

Je ne sais lequel d’entre nous était le plus ému. Ces enfants interloqués par cette visite impromptue, ou moi, de ces regards d’icônes.

Cette photo, si émouvante, je l’ai donc laissé dans la classe. Et elle est rentrée dans mon histoire.

9. L’horloger de Cradock

Voyager c’est bon. Être libre d’aller ou le vent me pousse, c’est envoûtant.
Ce pays met souvent en colère, tant les injustices sociales sont insupportables, jusqu’à pouvoir ressembler à de la cruauté. Heureusement, aller là ou on ne va pas habituellement, par peur, conformisme, obéissance, libère de cette colère.
Un jour sur un de mes carnets, j’ai écris : de la gentillesse au delà de la raison !

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C’est si vrai. Et étonnant.
Ce qui est captivant et si surprenant aussi, c’est cette sensation de voyage dans le passé, quasi filmique. Comme si on naviguait dans des clichés cinématographiques.
Surprenant d’avoir la sensation de se retrouver comme transplanté aux États-Unis, particulièrement les états du Sud, Alabama, Arizona, Mississippi, Louisiane… mais il y aurait 50 ans de là, avant les droits civiques.

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Mississippi ou j’avais fait peu de temps auparavant un reportage dans le pays du blues, et ou chaque bourgade ou ville traversée annonçait ses taux de criminalité, et donc son classement national, avec une quasi fierté résignée. Je retrouverais beaucoup de similitudes entre les deux pays durant mes séjours.
Alors dans un western, même austral, il faut un cow-boy.

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Horloger, armurier, fêtes de Noël, à Cradock, Eastern Cape.

8. Allo le monde, résistons.

Barrydale, Little Karoo.

Je pointe au hasard des étapes sur la carte. Des petits bourgs aux noms presque encore des prénoms, Barrydale, Ladismith, ou qui parlent d’eau, Matjesrivier, Warmwaterberg…
Les routes passent des cols âpres, parfois vertigineux, et déboulent sur des plaines immenses, bordées de montagnes bleues.
Ces paysages sont violents, puissants. On s’y sent fragile, en même temps relié à la terre.

Image

Je ressens mieux comment toutes ces communautés, toutes venues d’ailleurs puisque les seuls natifs ont été balayés dès les premiers temps de la colonisation, ont pu s’y sentir si vulnérables et pourtant inexorablement attachées. Ici, tout le monde est venu d’ailleurs, et pourtant on éprouve la sensation d’une peinture millénaire.
J’ai retrouvé ces émotions en lisant Mandela, qui raconte avoir traversé seul en voiture, clandestinement, le pays de Soweto au Cap, et d’avoir ressenti l’exaltation de l’appartenance à cette terre, à sa puissance et à sa beauté, en osmose avec elle. Inévitablement, en danger, seul au volant d’une voiture, noir, il savait que dans peu de temps, il risquait fort d’être interdit de cette contemplation . Même passion chez les auteurs Afrikanners, comme Brink, Breytenbach…, qui dans leurs récits donnent à cette terre une essence quasi spirituelle. La racine de leur histoire. Pourtant elle aussi venue d’ailleurs.

Image

Entre les montagnes bleues, les immenses vergers, abricotiers, pêcher, prunier, gagnés sur les plaines arides du bush. De grandes propriétés, imposantes comme des latifundias sud-américaine, sur lesquelles vivent fréquemment les ouvriers agricoles dans des villages de petites maison d’adobe, qui le plus souvent appartiennent encore au propriétaire terrien.
On y nait, on y travaille. On y vit. Difficile de réorganiser sans rien casser, l’héritage d’un tel passé.

Dans ce petit bourg, ces femmes rencontrées qui m’offrent ce regard de défi, comme pour me dire qu’elle savent ce que je suis venu chercher, de très loin, aussi ce regard de résistance. Elles ont sans doute long à raconter. On se dit les choses en silence. Je les appelle les Guerrières, elles me font penser à des Navajos.Image

Dans la même rue, principale, main street, cette famille qui vit juste en face de l’épicerie.

Les temps sont si déréglés pour eux en ce moment qu’il leur est moins inquiètant de se brancher sur le monde que de traverser la rue. Une autre forme de résistance. Sortir, ou plutôt l’idée de sortir, dans leur propre rue leur parait maintenant bien trop hasardeux. Alors bien sur ils profitent aussi du passage d’un voyageur comme moi, chaleureusement accueilli dans leur bed&breakfast , pour se raconter. Se justifier souvent.

8. Allo le monde, résistons.

Barrydale, Little Karoo.

Je pointe au hasard des étapes sur la carte. Des petits bourgs aux noms presque encore des prénoms, Barrydale, Ladismith, ou qui parlent d’eau, Matjesrivier, Warmwaterberg…
Les routes passent des cols âpres, parfois vertigineux, et déboulent sur des plaines immenses, bordées de montagnes bleues.
Ces paysages sont violents, puissants. On s’y sent fragile, en même temps relié à la terre.

Image

Je ressens mieux comment toutes ces communautés, toutes venues d’ailleurs puisque les seuls natifs ont été balayés dès les premiers temps de la colonisation, ont pu s’y sentir si vulnérables et pourtant inexorablement attachées. Ici, tout le monde est venu d’ailleurs, et pourtant on éprouve la sensation d’une peinture millénaire.
J’ai retrouvé ces émotions en lisant Mandela, qui raconte avoir traversé seul en voiture, clandestinement, le pays de Soweto au Cap, et d’avoir ressenti l’exaltation de l’appartenance à cette terre, à sa puissance et à sa beauté, en osmose avec elle. Inévitablement, en danger, seul au volant d’une voiture, noir, il savait que dans peu de temps, il risquait fort d’être interdit de cette contemplation . Même passion chez les auteurs Afrikanners, comme Brink, Breytenbach…, qui dans leurs récits donnent à cette terre une essence quasi spirituelle. La racine de leur histoire. Pourtant elle aussi venue d’ailleurs.

Image

Entre les montagnes bleues, les immenses vergers, abricotiers, pêcher, prunier, gagnés sur les plaines arides du bush. De grandes propriétés, imposantes comme des latifundias sud-américaine, sur lesquelles vivent fréquemment les ouvriers agricoles dans des villages de petites maison d’adobe, qui le plus souvent appartiennent encore au propriétaire terrien.
On y nait, on y travaille. On y vit. Difficile de réorganiser sans rien casser, l’héritage d’un tel passé.

Dans ce petit bourg, ces femmes rencontrées qui m’offrent ce regard de défi, comme pour me dire qu’elle savent ce que je suis venu chercher, de très loin, aussi ce regard de résistance. Elles ont sans doute long à raconter. On se dit les choses en silence. Je les appelle les Guerrières, elles me font penser à des Navajos.Image

Dans la même rue, principale, main street, cette famille qui vit juste en face de l’épicerie.

Les temps sont si déréglés pour eux en ce moment qu’il leur est moins inquiètant de se brancher sur le monde que de traverser la rue. Une autre forme de résistance. Sortir, ou plutôt l’idée de sortir, dans leur propre rue leur parait maintenant bien trop hasardeux. Alors bien sur ils profitent aussi du passage d’un voyageur comme moi, chaleureusement accueilli dans leur bed&breakfast , pour se raconter. Se justifier souvent.

7. La Route

Image

Roads.
La route comme passer au travers d’une icône.

South Africa. 1999